| Langage thomasien | |||
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Souvent, je me suis senti comme le passager exclusif de ma mémoire ou l’architecte d’un projet mort-né, me trouvant le nez face à la page vierge. Une page qui reste immaculée si une quelconque nécessité ne vient pas me frapper violemment la poitrine pour que j’appose sur la matière l’encre de mes idées, mots apparemment innocents.
Cependant, je sais que je répète inlassablement les mêmes gestes mais pour qui, pour quoi ? Et quelles sont les futures conséquences de mes gribouillis ? Évidemment, je ne peux le deviner mais j’en ai une intuition : tout ce que je sais, c’est que je suis un « autre » qui s’évertue à créer des pyramides, qui peut voyager à la vitesse de la lumière, qui capture l’instantané d’une seconde sur la planète pour la magnifier. Et dans toutes ces péripéties, je me disperse et me perds peu à peu, je quitte donc mon corps et ne connais plus de repères ; je ne suis plus là, je suis partout et nulle part à la fois.
Alors, il me vient l’idée fantaisiste d’inventer un univers avec son langage, son vocabulaire, ses images, ses intonations pour illustrer mon propos, mes intentions. Ce langage est un voyage contemplatif, une découverte, une solution (pourquoi pas ?) là où les mots viennent étouffer l’esprit de l’écrivain, alors celui-ci disparaît. Donc, par souci de ne plus être, j’invente, page après page, une voie à tracer, un matériau pour bâtir une nouvelle relation aux hommes, aux choses, aux événements. Peut-être ne sera-t-il qu’un bâillement dans l’histoire de la Grande Tentative mais j’ose penser que mes mots ainsi entrechoqués continueront à relever la Poésie de cette terre sanguine sur laquelle elle est venue s’échouer lascivement, paresseusement, oublieuse.
A proprement parler, mon écriture se veut le reflet ineffable d’une vie effacée de toute contingence, de toute comparaison. J’aimerais que mes mots constituent une seule et même respiration avec ses silences, ses syllabes longues, ses coupures syntaxiques, ses vides et ses apartés.
Toute une énergie mortelle pour retranscrire une forme, un état ou un sentiment. Sans fioritures, un flash primitif. |
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