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Extraits 

Retour Page Correspondance d'un Poète à un Fou

    Prologue

    Inutile de se confondre en explications et autres recommandations, par nature illisible, que le lecteur aura tôt fait de prendre par-dessus la jambe. Alors, pour les amoureux de l’essentiel, sachez que ce livre a pour mission de recueillir un certain nombre de lettres - que les auteurs ne s’aviseront pas à compter- illustrant la réflexion tourmentée de deux amis un brin philosophes, un brin poètes.

   Expliquons quand même l’origine de cet échange : à l’époque où la communication procède de médias chaque jour plus performants, l’homme s’éloigne de l’homme. Alors qu’il suffit de piocher à l’extérieur de soi-même les codes pré établis pour la relation humaine, l’écriture, elle, réclame une introspection, un support matériel sur lequel transparaissent effort et implication en un mélange de pudeur et d’abandons.

   Quand deux amis décident de s‘écrire, il faut y voir une consécration, une ouverture entre récit de soi et confessions dont le papier, l’encre et la calligraphie sont l’emblème.

  Le destinataire, héros invisible et exclusif, est l’initié d’une imagerie fraternelle, imprégnée de ses propres codes et références. L’auteur, par sa signature, scelle un accord avec ses  mots, lesquels continueront de vivre indépendamment de lui, au gré de leurs pérégrinations.

   S’ils sont mus par un désir implacable de parvenir à destination, les mots ne le sont jamais que par la force des émotions qu’ils renferment...  

   Regarde lecteur, ce livre parle de choses simples. Il est le parcours, expérimenté et écrit, le cheminement dans la quête du sens de deux apprentis. Tu y verras comme on peut se perdre, faire des trouvailles, s’éclairer et souvent s’obscurcir. Tu te diras sans doute qu’il est possible d’aller trop loin, de se fourvoyer dans les méandres de la pensée.

   Comme toi, ta famille et tes amis, les auteurs recherchent leur place dans le monde, sans tricherie ni sophistication. Tout part donc d’une préoccupation commune à l’apparence singulière, la nôtre.

 Bien loin de vouloir faire de ce livre un usage philosophique -au sens premier du terme- il est question de le proposer comme une illustration de la variété des sentiments, émotions, pensées et doutes, face à ces questions cruciales : quelle place trouver dans le monde, quel sens donner à sa vie ?  

   Mais laissons place au voyage...

   Pour l‘heure, installe-toi dans ton fauteuil le plus confortable, et deviens le spectateur privilégié des fantasmes mégalomaniaques des auteurs. Ainsi tu pénétreras dans l’univers de Max Dorier et Neil Thomas.  

Partie 1      

 L’ Empire du Nouveau Monde

 

Un cœur chaud face au temps sec, octobre 1998  

            How are you doin’, Max?  

   C’est par cette locution pré-mâchée de l’Empire du Nouveau Monde que je viens m’annoncer. Aujourd’hui, un oiseau est venu se poser sur le rebord de ma fenêtre et chut ! !... Il revient.  Ah oui, il est donc venu et m’a prédit un avenir des plus glorieux, s’inquiétant de savoir si je faisais toujours attention aux signes. 

   Il a dit qu’il m’observait longuement parfois et remarquait avec quelle ingratitude je n’étais pas aussi attentif que je le devais. Je voulais m’excuser, mais il m’interrompit en soulignant que l’excuse ou même le pardon ne sont qu’œuvres de Dieu, et que nous sommes ce que nous sommes, c’est-à-dire des petits bouts de chair, qui essayons de la rendre captive et fraîche à chaque moment. Je me suis demandé comment est-ce qu’un oiseau pouvait-il connaître tout cela, avec son petit cervelet de piaf ! ? Il dut lire mes interrogations et me répondit : "peut-être tends-tu facilement à croire ce que tu vois, peut-être que ce qui est n’est pas, et que ce qui a toujours été sera ?" [...]

 

 

Quelque part au Monde, 13 novembre

An 1998 de cette Ère

           Salut Neil-voyageur,

 Tu sais, aux grands mots les grandes lettres, alors…

 Alors…  « Il fut un temps où le Monde était rempli d’orphelins et de veuves éplorées… Un temps où non-content d’avoir été Jésus Christ je me fis Shaolin, Adepte et Initié de l’Antique Sagesse. Puis il fallut combattre les vampires, armé du pieu et de la croix, véritable Chevalier du Paranormal, familier du Poltergeist et de la matérialisation astrale. Mais encore une fois vint un temps nouveau où je voyageai le Monde tel MacGyver, célibataire endurci et arpenteur de Nature, ma maison sur le dos, défendeur des justes causes. Un peu plus tard on me retrouvait parmi les immortels, oeuvrant secrètement. A 20 ans, j’avais déjà peut-être tout vécu, tout combattu, si ce n’est la mort elle-même…A 20 ans, je devins Siddhârta, j’en appelais alors à l’esprit juste… »  

Partie 2         

Au Cœur de la Tempête  

  Où est notre place sur cette Terre mon vieil ami ? De tout sacrifier pour un hypothétique essentiel ? De fuir tout ce qui ne convient pas ? D’essayer pour mieux rejeter ? Savoir ?

Que de questions, non ? Gémeaux, toujours ! J’avoue être un tantinet déstabilisé cet an-ci, mais lucide pourtant. Et puis après tout, plus que les questions, ce sont les rêves qui importent, et les projets. Et notre projet est un grand projet. En tous cas, il mérite le détour et beaucoup de préparations aussi. Il est en un sens à la mesure de notre besoin de liberté. Peut-être ne serons-nous guère plus heureux une fois ce rêve réalisé, mais nous en ressortirons plus grands. C’est certain !

  Il est des fois où l’on préfère garder le silence, éviter l’écueil des mots.

C’est bien mon cas en ce moment. Je goûte en effet à une analyse plus intérieure, c’est peut-être une mutation… La relation humaine me fatigue, j’y vois si peu de surprises en réalité ! Tout pousse à ne plus chercher à l’extérieur et à se concentrer vers l’intérieur de soi-même, au sein de son petit monde, uniquement. Construisons donc ce monde, construisons le nôtre, qu’il soit, faute d’être un grand monde, un monde profondément vrai.

 

 

La tête pleine de couleurs

                  Mai 1999

            Ah mon ami,

   Ici-bas et près du cœur humain, la Vie bouscule et transcende les êtres. Oubli, perdition, coquetterie pour les uns et les autres, l’essentiel... espérons-le.

  Maintenant je prends la barre d’un navire jadis fantôme, où quelques galériens et autres esclaves traversaient l’océan pour un idéal, celui d’une meilleure existence. Oui, tout comme un typhon qui arrache le matériel aux hommes, le souffle d’une ère de changements s’est engouffré dans ma tête, mes yeux, mes jambes, mon cœur. Après avoir vécu les tourments de l’esprit, les vicissitudes de la fortune, les aléas et les échecs de la relation (matérielle et occidentale, soit disant au passage) avec la société, désormais je suis seul –vertige « inconsidérable »- face à la Vie. Où sont mes années de rêves, de grandeur, d’art, d’espace et de liberté ?

  Mais, eh oui, le mais est de mise sur le tapis vert du destin, toi, alias un frère cosmique et inter temporel, tu es là ! Je t’avoue sincèrement que je suis heureux que tu sois là, que nous partagions ces mêmes idées, ces visions fantastiques, idéalistes et parfois réalistes sur la Vie 3D et ses six autres dimensions (cf. une prémonition atlante). A deux, nous briserons cet étau qui nous broie peu à peu et atteindrons le cœur tranquille de notre réincarnation. Compte sur moi ! !  

  Partie 3      

L’ An Débile

 

Paris tal pour rien, 12 Octobre 2000.

 

    Pas question de profiter de ce courrier pour t’ankyloser avec mes états d’âme. Je t’ai déjà écrit une lettre sur ce sujet. D’ailleurs, je l’ai brûlée. Alors pas question de la refaire, ce serait trop stupide.

Par ailleurs, la taille de mon sexe n’a pas changé depuis notre dernière rencontre, c’est dire la fidélité qui le caractérise. Pour paraphraser le bon vieux général en 1944 : « ça fait longtemps que je l’ai plus ma Gaule ».  

   Sans tomber dans les frasques oléagineuses de l’Histoire, éludant vessies protocolaires et autres sarcasmes platoniciens, sache que notre monde n’est pas un enfant de cœur.

Aux pièges innombrables tendus par la naissance, parsemés par la vie en ombres dérisoires, résiste l’âme humaine dans son drapé de gloire et de passions. Les grands hommes sont ainsi, perdus entièrement. Et ceux qui croient en être, également perdus. Le sujet est polémique…  

   Il m’a fallu tout ce temps pour en tirer la conclusion suivante : je ne suis pas un grand homme quoique soit là mon plus cher désir. Mais l’existence nous trompe. La grandeur des hommes n’est pas la mesure de l’Homme Grand. Peu importent les honneurs quand ils nous signent un aveu d’hommes satisfaits.

Être grand, c’est grandir. La croissance n’a pas de terme, pas plus que l’accomplissement n’a d’avenir. Être grand, c’est changer. Nous n’en sommes qu’aux tous premiers stades du développement de l’âme. Dans un corps trop fragile s’étire une grande âme aux origines extra-humaines. Le Grand n’a pas qu’une dimension humaine, il voyage dans l’ailleurs…

 

 

Début octobre 2000  Comme le ciel est froid !

    A toi l'immuable souffle, l'ami, assis suspendu, sur sa bougie.

  En ces gorges semi-profondes, cavités utérines et matrices des plus grands mystères humains et autres caprices, je te déleste mon salut de bienvenue et son acolyte, le petit joufflu espoir que tu ailles bien, en ces temps de feuilles rousses et de lune blême…

 

   Assis dans le chœur de divines harmonies, siège une émotion immortelle que je souhaiterais à l'aube de cette soirée partager avec toi, le frère homozygote. J’y suis tel une montagne où Dieu (ou un de ses aïeux) s'est reposé et qui contemple la Vie pour ne tirer que deux ou trois bouffées d'oxygène.

 

   Sentiment étrange, te dis-je, où encore une fois l'accélération et la clairvoyance se sont unies autour d'une même bague : sentiment qui me retranche au seuil de l'âme, où l'impression d'exister n'est que dans le partage avec ses âmes frères et sœurettes. Devines-tu ce ressenti ? Je sais que oui.

  A travers ce tumulte, cette tempête d'actions inactives, ce brassage d'air comme pour soulever noblement quelques poussières autour de soi, je ressens une impatience qui se tire-bouchonne, tapie dans l'ineffable vortex de la Vie : vois-tu, je SAIS que je serai écrivain et que tu seras un artiste filmographologiste, et qu'avec ceci, la musique est un ciment qui nous ceint nous et nos passions...   

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