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¤ Écrire et lire, une sculpture du vivant
(chronique du 09 mars 2004, Annuaire Scriboïque n°1)
Écrire….prendre
sa plume ou pianoter sur un clavier d’ordinateur, faire d’une page blanche
une énigme aux secrets exotiques, extirper de la vie une substance univoque, déclamer,
crier, provoquer, contraindre, tordre une pernicieuse malice, découvrir puis
enfin accoucher de milliers de sentiments et émotions de notre quotidien, ces
petits archipels construits de petits riens. Qui n’a jamais entendu, au fond
de lui, un appel qui l’exhortait à poser une griffe clandestine, vengeresse
ou enchanteresse ? Qui n’a jamais rêvé de devenir l’un de ses grands
écrivains qui défraient les chroniques, qui soulèvent d’un seul mot toute
une population, qui brise les forges et les canons d’une société ?
Poser son œil, grand, majestueux, rapide autour de soi et assener de mille et
un verbes sur les nuques sacrifiées et bien pensantes. Oui, écrire, se
prolonger de tout son saoul à perte de vue mais aussi, griffonner, gribouiller,
émietter deux ou trois syllabes, maudire sur un bout de papier ou sur un coin
de table l’écueil de la curiosité. Écrire enfin, c’est restituer un art de
vivre, déposer une essence, c’est participer de poésie et de rage face à
l’inertie qui écrase tous les hommes. Entre
particularismes et différences, nous voguons, inconscients, aveugles même,
dans nos rues et nous frôlons l’imperceptible mouvement, l’irrationnel fléau
qui divise les hommes. En tant qu’écrivains, comme le souligne St Exupéry,
« nous avons l’obscur sentiment d’un devoir, plus grand que celui
d’aimer ». Cela a déjà commencé, toute l’histoire démarre de là…
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Créer
un imaginaire
(chronique du 05 octobre 2004, Annuaire Scriboïque n°5) En tant
qu’auteur, je me suis souvent posé la question si l’écriture était un
objet artistique ou si l’on pouvait lui donner des caractères artistiques.
Car, si à sa naissance, l’écriture n’étaient qu’inscriptions sur divers
supports, elle se diversifia très rapidement et fut nommée d’après le
support sur lequel elle reposait. Créer avec l’écriture demande donc une création
libre du support auquel elle se rattache : pour cela, la forme requiert un
oubli presque volontaire (il suffit de voir les applications avec la peinture ou
la calligraphie, par exemple). Le mouvement de la main qui tient la plume ou le
crayon déclenche un surprenant et immédiat processus de création : la
naissance d’un être unique, d’un individu, d’une personne semblable à
aucune autre. En tant
que poète, je me pose la question suivante : la création dépend–elle
des formes inhérentes de sa conception, de ses formes ? N’existe-t-il
pas un autre langage artistique, libre de toutes contingences,
s’alliant aux errances de notre imagination ? On entend souvent que tout
a été fait, plus rien n’est à inventer si ce n’est la création en
particulier. Maintenant que tous les canons de la création en littérature, en
peinture, en poésie, etc... sont connus et reconnus, l’art et la création en
général, vont pouvoir s’exprimer librement, loin de cet étouffement dans
lequel on veut les enfermer, loin de ces boîtes et de ces étiquettes qui
limitent leur champ d’action. A force de vouloir repousser les limites,
celles-ci ont finalement éclaté et laissé paraître au grand jour l’immense
possibilité de jouir d’un espace de créativité. Aussi, avouerai-je que tout
reste à créer ! Une
fois que l’on manipule correctement les codes dans une certaine expression de
l’art, notre personnalité s‘affirme, le masque tombe et ne reste alors que
le créateur. Il y a désormais toute une éducation à la sensibilité qui peut
s’opérer. L’indicible tend une expérience de l’imaginaire, de la représentation, de la création sans la forme.
¤ Être son propre guide (chronique du 31 décembre 2004, Annuaire Scriboïque n°6) Quel vœu ! Être
son guide revient aussi à se libérer durablement de ces formes d’aliénation
à mon sens. Et pour cela, il faut savoir regarder la vie autrement, la
contempler puis la rétablir dans toute son énergie, toute sa
violence…Silence ambigu.. Il va falloir incliner le monde de notre côté,
tordre les préceptes et les lois imbéciles afin de ne plus séparer un corps
et un esprit, tout cela pour le prix d’une même énergie : retrouver son
identité. Par sa nature, la vie insufflée dans nos poumons est une création
permanente et par sa nature encore, elle nous pousse à courber l’univers dans
notre sens. En cela, nous lui sommes redevables et respectueux et devons
l’honorer en exaltant notre propre puissance.
Être son propre guide, c’est aussi briser les pouvoirs qui s’organisent
autour de nous, qui nous agitent comme des pantins et qui, finalement, nous font
tomber dans l’oubli de notre capacité à vivre, à saisir l’essence de
chaque moment. C’est un vœu et une conscience de soi, c’est là que réside
notre force : s’écouter, envers et contre tout, et accorder une
souveraineté grandissante en l’être humain, en ses rêves, en ses désirs,
en sa propre foi. Évidemment, certains m’objecteront que penser ainsi est une pensée libertaire et qu’elle est utopique à notre époque. Pour reprendre Emma Goldman, « la vraie liberté est positive, c’est la liberté vers quelque chose, la liberté d’être, de faire et les moyens donnés pour cela ». Mais refuser tout pouvoir anesthésiant ou paralysant pour mieux régner sur soi, sur ses passions, sa vie, son quotidien me paraît la seule ligne de conduite à suivre, pour peu que l’on veuille se libérer de toutes formes d’assujettissements. Enfin, être son propre guide devient un contre-pouvoir, une révolte, une action directe de désobéissance, une stratégie pour refaire le monde à son idée. Et
alors ?
¤ Accomplir sa Légende (chronique du 28 février 2005, Annuaire Scriboïque n°7) J'ai une
foi, une croyance qui s'étend au-delà de mes mots, de ma pensée : chacun a
une Légende, sa “Légende Personnelle” comme le dit si bien Paolo Coelho
(cf. n°5 du fanzine) et que l’on doit accomplir en écoutant son cœur, et en
suivant les signes qui se présentent à nous, tout au long de notre vie…Il
existe une nécessité, à un moment donné, de se distancer par rapport à
soi-même et de relativiser ce que nous enfermons trop souvent dans des
certitudes absolues, afin que l'on soit en mesure de jeter un regard global et
unifié sur le réel. Ce regard embrassant toutes nos réalités ouvre au mystère
humain, rend sensible et solidaire de tout et renvoie à sa propre subjectivité,
point de départ de la quête d'un sens unificateur.
Démonstration est faite - souvent - que les obstacles et les embûches rencontrés le long d'un "itinéraire intérieur" viennent la plupart du temps d'un refus de changer sa façon de percevoir le réel. Modifier les images qu'on entretient sur soi et sur la réalité est parmi les changements et les deuils les plus difficiles auxquels on est confronté au cours de son existence. Les
informations composant notre propre légende ne se trouvent pas toutes au même
endroit. Plusieurs parties d'entre elles se trouvent dans notre corps alors que
d'autres parties se trouvent dans notre esprit
et dans notre âme (ou cœur, selon certains). La solution réside dans une
"réponse personnelle", c'est-à-dire une façon de réagir en
fonction de ses talents, ses capacités, son histoire et son milieu. Les auteurs
tels que Rilke et Hermann Hesse l’ont très bien illustrés à travers des
ouvrages comme “Les Lettres à un jeune poète” ou “Les cahiers de Malte
Lauridgs Brigge” pour l’un et “Demian”, “Narcisse et Goldmun” ou
“Knulp” pour l’autre.
Il
existe alors un mouvement à ne pas perdre de vue, une invitation (peut-être) :
découvrir ce sens en allant de l'avant, en étant fidèle à soi-même, à ce
qu'il y a de plus profond en soi, dans son for intérieur et dans le respect du
caractère sacré de la vie, tout en s'accordant la liberté de se tromper et de
se réorienter si nécessaire. Oui, s’autoriser de se tromper parfois...
"Accomplir
sa légende personnelle est la seule et unique obligation des hommes" Paolo
Coelho.
¤ Oeuvrer pour l'Universel (chronique du 30 avril 2005, Annuaire Scriboïque n°8) Enfin, nous voici au terme de notre charte et dans une
apothéose sublime, l'Alchimiste que je suis veut œuvrer pour l'Universel,
manier le Grand Œuvre, l'art mystérieux des Mots qui enchantent, qui
interrogent, qui séduisent, qui ouvrent des portes…
Car oui, c'est bien là l'issue qui se dégage de ce dernier article :
proposer, dans une écriture humaniste, un dessein humble et propre à tous,
celui d'être libre, celui de communiquer à toute femme et à tout homme, avec
cette inspiration qui nous relie tous. Non, rien d'ésotérique, ni de religieux
(enfin…) mais un vœu d'ouvrir les vannes de la création, de la communion. A
travers cette charte, et plus particulièrement les deux derniers articles, le
mouvement "alchiverbiste" prend corps et âme, c'est là qu'il se
charge d'un message universel, qu'il " impose " sa volonté de faire
afin que notre société évolue, afin que la curiosité devienne une résolution
singulière, privilégiée. Alors,
conspiration il y aura. Chaque parole, chaque acte deviendront un chemin vers
l'Autre.
¤ Sous le soleil (éditorial du 29 juin 2005, Annuaire Scriboïque n°9) Sous le soleil…A avancer au jour le jour, en milieu
parfois hostile, souvent difficile, c'est sous les UVA & UVB qu'il est bon
de se retourner pour apprécier le chemin parcouru. Et voilà que nous terminons
tranquillement la première dizaine de cet Annuaire Scriboïque. Les vacances
sont devenues aujourd’hui un produit de consommation comme les autres, qui
peut s'acheter à crédit. Pour certains, c'est le temps des amours éphémères,
du farniente, d'oublier les contraintes quotidiennes. Mais que sera demain ? Que va devenir ce fanzine ? Sûrement le même compagnon de vos livres, de vos
voix. Il restera encore le miroir magique d'auteurs alchimiques, de rédactrices
(audacieuses) et rédacteurs prêts à vous faire découvrir tout un monde de
mots, de verbe, de sensations…une atmosphère poétique où se perd peu à peu
la raison... Aussi, la rédaction de l'Annuaire Scriboïque est heureuse
d'accueillir une nouvelle chroniqueuse et poétesse de surcroît, Loïse
ESQUIVELLE. Cette jeune auteur se voit offrir pour sa plume sélénite la
chronique intitulée "Les Mots de la lune". Souhaitons-lui la
bienvenue en tant qu'écrivaillon mais aussi Alchimiste, membre de
l'association. Je me permets une parenthèse ici-bas pour remercier
l'investissement et le dynamisme de ces jeunes femmes qui ont dernièrement
rejoint notre rédaction. Loin de toute passivité qu'une association peut
apporter, l'engagement dans une telle structure, qui plus est littéraire,
demande une part d'action et de don de soi afin que l'entité qu'elle représente
prenne corps. Alors, encore une fois, un grand merci pour votre participation
qui n'a de cesse d'enrichir ce fanzine, et conséquemment, notre curiosité. Autre richesse sous le soleil des Alchimistes et point
de départ d'un nouveau défi littéraire : la Charte de l'association étant
pleinement expliquée et illustrée, maintenant est venu le temps de créer une
rubrique consacrée à la revalorisation de ce matériau qui soude les auteurs
entre eux, les auteurs avec leurs lecteurs, les lecteurs entre eux, je parle
bien sûr des mots. Dans cette chronique intitulée "Mots dits gru-mots",
les Alchimistes du Verbe souhaitent ardemment faire honneur à cette particule
qu'est le Verbe. C'est pourquoi nous soulignerons, dans chaque numéro,
l'existence de deux mots (un ancien et peu usité et un autre mot moderne) dans
cet univers linguistique que forme notre langue française. Alors, amis lecteurs, respirez à plein poumon et
plongez-vous dans ce numéro estival. A présent, détournons nos regards
pendant ces deux mois d'été. Oui détournons notre regard de ceux que le temps
sollicite si fort qu'ils en oublient leurs passions, leurs amours, leur
vie…Laissons-les sombrer dans la peur de ne pouvoir arriver, ensemble, demain,
le cœur riche… Oui, sous le soleil, avant une rentrée qui s'annonce
rapide, prenons le temps comme il vient, de respirer cette lenteur et ce silence
dans les livres, dans nos livres (pourquoi pas ?) car entre ces pages encrées
à la sueur et à la foi de ses auteurs, rayonnent encore quelques pépites
d'or, échappées, crachées d'un magma littéraire qui ne demande qu'à jaillir
! Et alors, heureux celles et ceux que nous retrouverons le cœur plein de
bonheur et de souvenirs à partager, dès le mois de septembre, dans deux
mois…Car comment éprouver du plaisir à se retrouver si nous n'effectuons pas
de pause, loin du mouvement perpétuel qui nous cingle les yeux ? |
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Conquérir par le Verbe : voir
au-delà de l’œil (chronique du 20 avril 2004, Annuaire Scriboïque
n°2) Comprendre le monde par le verbe, c’est unir notre pensée à un langage. Lorsque nous nommons les choses, que nous les imposons au monde, nous imposons une pensée et infléchissons sur les choses elles-mêmes. Le mot, le verbe dans toute sa candeur est une empreinte innovatrice qui se déploie pour prendre une forme, pour divulguer l’imperceptible image. Le Verbe s’oppose alors au silence rugissant, au « non-dit » de notre monde. A cet effet, l’homme crée ici sa première victoire intellectuelle sur la nature, il décide précisément ce qu’il veut nommer. Il conquiert peu à peu le monde, s’impose au milieu de celui-ci et l’on découvre très vite, qu’une fois les choses nommées, une réaction se produit et qu’un processus logique se met en route. Alors, le Verbe n’est plus un outils pour rendre compte de ce que mes sens perçoivent mais il acquiert la fonction de dépasser ces derniers. Le Verbe, alors dénudé de toute conception reçoit une véritable intelligence, celle de voir au-delà de l’œil. Conquérir par le Verbe, c’est créer un monde que mes sens ne perçoivent pas. Prenons l’exemple de Paul Eluard lorsqu’il dit « la terre est bleue comme une orange » : le poète, ici, se fait visionnaire, au sens littéral du mot, car il est capable de « voir » les choses librement. Il montre à son contemporain ce qu’il ne peut voir mais ce qu’il veut montrer au-delà de ses yeux. Que devient le Verbe s’il endosse le pouvoir de conquérir le monde ? Question importante qui souligne un fait encore plus large, plus universel oserais-je dire ! Important car il offre la possibilité de dire les choses en tout lieu, à chaque instant : il revêt une multitude de formes, le Verbe devient caméléon et permet d’allier l’homme à l’infini, et par conséquent, de dépasser notre propre condition humaine. Enfin, sans tomber dans des extrêmes, l’homme est la seule créature sur Terre à pouvoir changer son évolution car il a la science du Verbe. Nous avons ainsi la chance inouïe d’accéder à la force créatrice de l’univers, de comprendre son fonctionnement, de nous comprendre. L’esprit alchiverbiste qui m’habite se veut, par le Verbe, de conquérir toutes les libertés. |
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Dépasser les dictats dans l'écriture
(chronique du 29 juin 2004, Annuaire Scriboïque n°3) Qu’est-ce
qu’un dictat sinon une pression, un conditionnement, un modèle, une
convention… Dans le cas
présent, le dictat s’insinue dans une connotation verbale, il s’immisce
entre les voyelles, il glisse sur les mots pour les prendre à son piège, il
veut les étouffer, les orienter pour donner un sens tout autre. A partir de là,
toute expression individuelle est pervertie car le mot, écrit ou parlé, perd
de son originalité, de sa spontanéité, de sa valeur "intrasèque".
La liberté de dire les choses est un luxe de nos jours, je veux dire par-là,
de dire précisément ce que les mots révèlent, sans aucune orientation
religieuse, philosophique, scientifique, bref sans aucune comparaison. Or, le
problème réside là : désigner un objet, une personne, interpréter un
événement n’a plus le but premier, celui de véhiculer un sens. Au
contraire, celui qui parle revêt maintenant plus d’importance que ses mots ;
il suffit de s’habiller correctement, de vêtir ses paroles d’un contexte
agréable ou bien de l’adapter à l’interlocuteur et la mission initiale du
mot n’est plus, il devient « non-sens ». Découvrir une
conversation, une œuvre écrite, un livre sans critère sur le contenu du
message et l’on prive alors autrui du fondement des mots employés. Il n’y a
alors plus d’exploration, plus d’attention portée sur ce qui peut advenir. Cependant, il est un fait que l’homme ne peut « qu’imiter un geste toujours antérieur » : concrètement, à mon vis, il est de notre devoir de dépasser cette illusion sans quoi nous perdons peu à peu notre rôle dans la société. Dépasser ce dictat de l’imitation, entre autre parce que l’on a peur de se frotter au monde, est essentiel. Il faut savoir oser, essayer, se tromper, même en disant les choses ou les écrivant. L’important est de créer un état nouveau, vierge. Nous avons la fâcheuse habitude de déplacer le sens de toute chose et par conséquent d’en changer l’usage en le détournant de sa fonction première, un simple outil de communication. Mais, pour une question de contrôle, de main-mise, il existe cette imposition sociale, un dictat invisible et pernicieux ; certains appellent cela déontologie, d’autre convention ou encore système de lois mais ce n’est ni plus ni moins qu’une aliénation. Tout tend à éviter que chacun régisse sa vie comme il le veut. |
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Liberté
et conséquences
(chronique du 24 août 2004, Annuaire Scriboïque n°4) Selon la Déclaration de 1789, en France, « tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». Elle stipule aussi que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». La liberté, depuis, a connu diverses transformations, diverses tentatives de modification de statut afin que chacun puisse s’y retrouver : on lui a alors associé des noms comme le hasard, le destin, la causalité. Des étiquettes posées sur un même objet sans jamais réellement l’atteindre et le comprendre. Mais, depuis maintenant plus d’un siècle, est née avec l’émergence de la métaphysique, la notion de liberté individuelle : par notre conscience, nous choisissons librement ce que nous faisons parmi différentes possibilités, c’est ce que l’on nomme le libre-arbitre. Et ce qui peut se cacher derrière notre conscience, derrière nos choix, peu importe en définitive car c’est ainsi et cela ne changera pas de toute manière. En admettant ceci, nous « modélisons » alors l’individu avec un comportement et des connaissances que nous pouvons aisément appréhender grâce à des canaux que j’appellerai « validés » tels que la psychologie, la pédagogie, les goûts ou même l’orientation professionnelle. Donc, à première vue, la liberté paraît soudainement approximative et subjective quand on sait la lecture d’un être humain, non ? Personnellement, je ne crois pas à une liberté univoque de nos choix, de nos pensées, de notre comportement, donc pas de causalité ni de fatalisme (encore moins divin) de nos actes : admettons que cette boîte noire, qu’est la liberté au sein de l’homme, recèle une part d’imprévisible en plus d’une interactivité sur laquelle chacun a un pouvoir. Tout le monde connaît l’«effet papillon», à savoir qu’une petite « cause » peut avoir de grands effets après un certain temps de gestation. A partir de là, surgit le constat terrible qu’un destin ne peut effectivement influencer -à long terme- tel résultat car le devenir de chaque action apparaît hétéroclite, pluriel (dû à l’effet papillon et aux subtils détails de la liberté des uns et des autres) et par conséquent, libre d’influence. A mon sens, la liberté intervient dans un système chaotique, désordonné et lorsqu’on lui prête des vertus bénéfiques, on la nomme hasard. Voilà l’amalgame. Grosso modo, nous sommes assujettis à nos connaissances, notre caractère, notre volonté et bien que nous puissions êtres libres de nos actes, nous ne le sommes pas de leurs conséquences. Et c’est là que le bât blesse car nous voudrions contrôler et orienter ces dernières et non les actes eux-mêmes. Liberté et hasard se confondent alors dans une brume épaisse et nous ne savons plus comment nommer l’expression de ces conséquences que nous subissons de nos actes. Enfin, éclot à la lumière de ce laïus la notion de responsabilité quand on se sait libre : nous sommes responsables de nos actes car tout est conséquence de nos choix, d’une manière ou d’une autre. Une liberté totale doit être portée par une responsabilité totale. C’est un cadeau inestimable, riche qu’il faut savoir chérir pour le plus grand bien de chacun. |