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mai : Les
traits sous les yeux, les nerfs encore à vif, André et moi remercions
l’hospitalité de Séverine et Benoît qui ont su se montrer généreux,
adorables, géniaux et si gentils. Cela ne peut qu’annoncer que du
bien pour l’avenir proche du pèlerin que je vais devenir.
9h30 : après un « au revoir » tout en retenue avec
« frère Benoît », André et moi pou un café puis pour
l’office de tourisme pour faire tamponner notre crédencial, le
fameux passeport du pèlerin. Et là, surprise !
L’hôtesse d’accueil reconnaît mon passeport, elle est
herblinoise d’origine comme moi, ses parents vivent près du parc de
la Chézine que j’ai bien fréquenté et elle a fait sa scolarité au
collège-lycée St Dominique et a eu la son BAC la même année que moi !
ce sera notre seconde rencontre, elle s’appelle Sarah,
herblinoise émigrée à St Jean-de-Luz.
A 10h00, départ pour notre première étape : Hendaye.
Le temps se dégage, nous partons le cœur haut et léger, prêt à dévorer
l’asphalte (hélas !) et une partie du Chemin côtier (autre
route menant à St-Jacques-de-Compostelle en longeant la côte
Cantabrique). Nous parlons, nous rions, nous pensons à celles et à
ceux qui sont en France. Qui sont-ils ? Pensent-ils à nous, à moi ?
Nous les emmenons avec nous, chacun secrètement. Je sais que nous
allons choisir une orientation pour notre vie, une renaissance, une découverte
de soi totale et sans retour possible. Reviendrai-je furieux ? Armé
d’une autre vitalité ? Aurai-je des secrets pour goûter à la
quintessence de ma vie ?
Aurai-je le courage ? Déjà le temps est à la réflexion :
les événements derniers, les relations récentes passées en revue défilent
devant moi. Il faut que ça change !
Arrivée
après 15 km de côte à Hendaye : déception ! L’accueil
est froid, morose, indifférent. Un contraste violent qui ne tarde pas
à envenimer nos esprits ! Une
décision doit être prise, nous allons limiter nos passages dans les
grandes villes. Le bruit, les voitures, l’agitation ne nous convient
pas. Je veux de l’espace pour marcher, de l’espace pour réfléchir,
de l’espace pour grandir !!
Départ pour Irùn à la frontière espagnole où nous arrivons sous un
temps menaçant… Les « Monts de Caradras » comme nous les
surnommons avec André nous barrent la route !! (lol) Le temps de
trouver mon bourdon, de retrouver deux petites mamies croisées 24
heures plus tôt à la gare de Bordeaux et c’est sous le bruit
assourdissant des travaux et de l’orage que nous franchissons l’entrée
du centre-ville. Mais le temps diffère : ici, entre midi et 16h00,
la ville se repose, tout est fermé !
Nous attendons donc près de l’office de tourisme (que nous
trouvons après quelques essais en espagnol auprès de deux flics) et
partons pour l’auberge des pèlerins où un gentil monsieur très âgé
nous accueille simplement, humblement. Seul hic au tableau, les Français,
les vieux Français qui s’installent comme chez eux, qui vous dévisagent
mais ne parlent pas. Ah, il va falloir quitter cette mentalité et
passer à autre chose. Dans tout ce laps de temps, je pense, j’essaie
le lâcher-prise, je dois me libérer de tant de contraintes !
Le soir, nous rentrons car Irùn nous intéresse que très modérément.
Au gîte, les pèlerins ne parlent que de « kilomètres »,
que de « distance parcourue » et nos regards complices
traduisent notre ennuie et notre « déception » du point de
vue des fameux pèlerins.
A
chaque pèlerin, chacun son pèlerinage mais il est un fait que c’est
devenu le sport tendance, surtout pour les plus de 60 ans !! Que
faire ? Comment se placer ? Est-ce la manière ? Suis-je,
même ici, si différent, si lointain de ce que peut représenter la
Camino ? Mes yeux, mes silences expriment mon désarroi.
Le temps de lire quelques pages de mon livre, de rire avec l’ami André
(heureusement !) et nous nous couchons vers les 23h00. |