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04 juin  Estella - Los Arcos

    Retour au journal de bord

    04 juin : Lever comme à l’accoutumée à 6h00 pour ma part et petit dej’ silencieux ; si j’ouvre la bouche, je sens que ma gorge se resserre et que la boule que j’ai au ventre va remontrer très vite.

 

   A 7h00, l’heure de la séparation : André boite affreusement, je sais qu’il fait bien de rentrer mais je ressens sa déception. Quant à moi, impossible de dire quoique ce soit. Sur les quelques mots d’encouragement de mon ami, je reprends ma marche seul : les larmes, les sanglots plus la fatigue et la nervosité et la détresse se mettent à perler sur mon visage. Mais comment vais-je faire ?

Je me sens encore plus seul, plus désœuvré. J’ai l’impression d’errer plus que de marcher et pourtant il le faut car environ 20kms m’attendent maintenant. Je reçois un appel de ****** vers les 8h00 et, là encore, inconsolable, j’éclate en pleurs. Mais pourquoi je me mets dans un tel état ? J’ai l’impression qu’à chaque fois que je vais entendre une » voix française », je vais craquer. Et la marche a ce quelque chose qui vous pousse en avant, même avec le cœur en vrac, les yeux rougis de pleurer, même avec l’envie de tout arrêter.

 

   (Maintenant, je me rappelle d’avoir rêvé que tout ceci était fini et que je revenais chez moi mais le réveil fut brutal !)

 

   1ère étape : la fontaine d’Irache où  coule du vin (pour tout pèlerin allant vers Saint-Jacques-de-Compostelle), ensuite c’est le village d’Azqueta où je m’arrête pour boire et manger un en-cas. Partout où je regarde, les pèlerins se déplacent au moins par deux et cela me renvoie à ma situation de solitaire ! Dure, très dur !!

 

   Je continue à grimper vers le prochain village à Mayor de Monjardin. Enfin, c’est la descente sur plus de 12kms sans halte possible vers Los Arcos, mon point de chute de ce soir. Je traverse des champs de bé,de coquelicots, des vignes, encore et toujours des vignes. La descente est faite de faux-plats mais j’ai acquis (seul point positif de la journée) un rythme supérieur que celui que j‘avais avec André. Du coup, j’arrive au gîte vers les 11h30 ou midi. 

 

   Après les ablutions habituelles, une petite lessive et je pars me promener dans Los Arcos et aujourd’hui étant un « autre » jour de fête, la ville, enfin le village est désert. Je fais deux ou trois courses, me repose sur un banc de la place principale, vais soigner mes pieds, assouplir mes mollets qui me font mal et tente de me reposer sur mon lit.

 

   Depuis, je cogite, je pense, je me souviens et à l’heure actuelle de l’écriture de ces mots, ma gorge demeure serrée et mes yeux sont prêts à pleurer ! En sortant du dortoir, je discute un moment avec un Allemand puis avec un monsieur français d’un certain âge qui a connu Vincenot, l’auteur des Étoiles de Compostelle (que je dois acheter à mon retour d’ailleurs !). Il a vécu à Dijon pas très loin de chez lui, paraît-il. Il commence à me raconter sa vie, ses amours mais j’arrive à me mettre au lit in extremis et à fourrer mon nez dans mon livre.

   Demain, autre jour, autres mœurs !  

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