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03
juin : Lever à 6h00 pour un départ en direction
d’Estella.
Dès ce matin, nous remarquons deux vitesses, celle des « randonneurs »
et celle des « pèlerins » (ils sont peu). Puis, il y a ceux
qui abandonnent, ceux qui sont cassés, les boiteux, ceux qui marchent
sur des œufs.
Première difficulté : une petite montée un peu raide qui nous
bien les jambes (pour moi, ce sont les mollets et la cheville droite et
la genouillère pour André). Ensuite, c’est la succession de petits
villages, Mañeru
et Cirauqui où l’on voit nos premiers menhirs. Les distances sont
fausses, disons plutôt faussées car la route est faite de lacets, de
pentes, de montées. Le soleil a commencé à frapper fort vers les
11h00 alors que nous arrivons à Lorca (ville de l’Oie). Là, grande
halte est faite près d’une belle fontaine. Enfin, nous voilà prêts
pour les soi-disant 7kms restant mais la chaleur atteint les 30° dès
midi, mes épaules me font très mal, ma cheville droite aussi et mon
cou me brûle ; André, quant à lui, souffre de ses pieds mais
surtout avec sa genouillère, je crains que la finalité de ce Camino
soit déjà différente de celle du départ.
Après encore une nouvelle marche sous le soleil, nous atteignons une
ville un peu plus riche, Villatuerta… Encore 4kms et c’est enfin
l’arrivée à Estella… après 6h30 de marche. Conséquence :
mon cou est brûlé, mes mollets sont durs comme du bois et mes épaules
sont trop dures aussi, je souffre beaucoup à présent. Et moralement
aussi, je l’avoue… La genouillère d’André a fait enfler son
genou, il ne peut ni le plier ni le déplier et je vois mon ami la larme
à l’œil. C’est la mort et la tristesse dans l’âme que je crains
qu’André s’arrête demain et reparte en bus pour Pampelune puis
Irun.
Et moi, que faire alors ? Continuer ou le suivre ? Rester seul
ou rentrer ? En pensant à mon entourage, j’ai les larmes aux
yeux, j’ai aussi envie de retrouver ma famille mais que vont-ils
penser de moi si je rentre ? Et mes amis ? Je suis complètement
déchiré car je n’ai pas envie de laisser André rentrer seul en
France.
A 19h00, nous partons dîner dans un restaurant car André m’offre
notre ultime repas ensemble : eh oui,
sa décision est arrêtée, il rentre en France demain matin par
le premier car. L’émotion commence à me prendre et je commence à me
rendre compte qu’il ne sera plus là avec moi, pour marcher, pour déconner,
pour oublier l’effort.
Inconsciemment, ai-je fait mon choix ? Vers 21h00, j’envoie un
message en France pour confirmer ma décision : je poursuivrai seul
le Camino !
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